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Histoire du fort

Le Fort Frontenac est construit sur un site historique national important. Non seulement le fort occupe-t-il un rôle central dans l’histoire militaire canadienne, mais il est aussi le premier site d’habitation permanente des Européens en Ontario. Stratégiquement établi à la jonction de grandes voies de navigation, le fort, appuyé par les navires qui mouillaient dans son port, a servi à contrôler tout le trafic nord-sud et est-ouest dans l’est de l’Amérique du Nord. louis_de_baude

Louis de Baude, comte de Frontenac et gouverneur de la Nouvelle-France, établit le premier fort en 1673 avec l’intention de contrôler les Iroquois. Ce fort était fait de palissades, de remblais et de bâtiments en rondins. Son premier commandant, Robert Cavalier, Sieur de LaSalle, qui allait devenir l’un des plus grands explorateurs canadiens, utilisait le fort comme base pour explorer l’intérieur du continent. C’est LaSalle qui, en 1675, fait remplacer les structures de bois et de terre par des murs et des bastions en pierre. C’est aussi durant son commandement qu’on lance les premiers navires sur le lac Ontario, dans le port de Cataraqui.

Quelques années après la construction du fort, la guerre reprend entre les Iroquois et les postes avancés des Français à Niagara. Cataraqui est alors assiégé. Tombe

Au printemps de 1688, la majorité de la garnison française meurt du scorbut et en moins d’un an le poste est abandonné.

Le fort, réoccupé en 1695, joue un rôle important dans la poussée des Français vers l’intérieur du territoire et dans leurs efforts d’encercler stratégiquement les colonies anglaises.

En 1758, le Lieutenant-colonel John Bradstreet du 60th Royal Americans accoste avec 3 000 hommes près de l’emplacement actuel de la Queen’s University et forme immédiatement ses lignes de siège autour du fort. La petite garnison est prise de court. Après une faible résistance, son commandant, le Capitaine Pierre-Jacques Payen, Sieur de Noyan, rend les armes. Bradstreet se met alors à détruire les navires français capturés dans le port. Après avoir patrouillé la garnison, il tente aussi de démolir les structures de pierre du fort, mais sans grand succès.

bateau à voileLe Fort Frontenac reste abandonné jusqu’en juillet 1783, soit jusqu’à l’arrivée d’un petit détachement mené par le Major John Ross, de l’Armée britannique, qui entreprend de faire construire un casernement sur le site des ruines du fort. Ce casernement couvrait l’endroit où il fallait traverser la rivière pour se rendre à l’arsenal maritime. Vers 1789, on le nomme casernement Tête-de-Pont.

Ce poste temporaire attire des marchands de l’île Carleton qui sont désireux de faire du commerce en terrain sûr. Ces marchands s’installent sur les terrains adjacents à la garnison, et ils deviennent donc les premiers civils à occuper ce site. Cette nouvelle ville, qu’on appelle alors Kingston, devient un endroit désigné pour la relocalisation des loyalistes. À partir de 1784, ces derniers viennent réclamer des lopins de terre dans la ville et dans les cantons plus à l’ouest.

Au cours des années précédant la Guerre de 1812, la garnison de Kingston abrite habituellement tout au plus une ou deux compagnies. Bien que des régiments de la Régulière soient toujours stationnés au Canada et occupent souvent le casernement, le besoin de troupes en Europe favorise la constitution d’unités provinciales. Certaines des premières unités des forces régulières canadiennes, comme les Queen’s Rangers et les Royal Canadian Volunteers, occupent alors parfois le casernement Tête-de-Pont.

Durant la Guerre de 1812, Kingston devient le quartier général de l’Armée de terre et de la Marine de guerre du Haut-Canada. Les hommes et l’argent affluent vers la ville, lui donnant ainsi un grand élan qui alimentera son expansion pendant les trente années suivantes. On bâtit des ouvrages de défense à la hâte et des batteries sont placées un peu partout dans la ville. On bâtit aussi le premier fort sur Point Henry.

Le casernement Tête-de-Pont devient alors une des parties du complexe militaire étendu de la région. Les troupes en direction ou en provenance des champs de bataille de l’ouest passent par le casernement. C’est aussi à cet endroit que des troupes se rassemblent pour des attaques amphibies sur le port de Sackett et sur Oswego.gouvernail

Durant la période de 1821 à 1824, on améliore la partie du casernement réservée au fort en construisant des bâtiments de pierre. Le mur extérieur, le mess des officiers, les deux bâtiments de caserne et ce qui est maintenant la centrale de chauffage datent tous de cette période. Leur construction nécessite alors la destruction de la majeure partie des éléments encore debout de la forteresse française. On enlève, en 1832, la tour située dans le bastion sud‑est du vieux fort et qui figurait sur plusieurs anciens dessins du fort. Une partie des fondations de la tour et de son bastion sont aujourd’hui exposées dans le jardin en contrebas du fort.

Pendant la première moitié du 19e siècle, Kingston devient la clé de tous les plans de défense du Haut-Canada. La suprématie sur le lac étant essentielle à toute défense adéquate, une station navale sûre devait être construite. On creuse alors le canal Rideau et on érige le Fort Henry pour approvisionner et défendre l’arsenal maritime. Les troupes en garnison au Fort Frontenac sont aussi un élément clé du plan de défense.

Après la confédération, les relations avec les États-Unis s’améliorent quelque peu et le gouvernement britannique peut ainsi retirer ses troupes du Canada.

Afin d’entretenir les forts et l’armement transférés au gouvernement du Dominion, on met sur pied deux batteries d’artillerie de milice : une à Kingston et une à Québec. La batterie de Kingston est stationnée au Fort Frontenac et on lui accorde un plus grand contingent de chevaux pour que les cadets du CMR puissent apprendre à monter. Ce mandat confère une identité spéciale à la batterie de Kingston, et en 1905, on la nomme Royal Canadian Horse Artillery. Le Fort Frontenac restera la demeure du RCHA jusqu’en décembre 1939, lorsqu’il doit quitter le fort pour embarquer dans un train de transport de troupes, en route pour la guerre. Fort Henry

Lors du départ en service actif du 1 RCHA en 1939, le fort devient un dépôt d’effectifs. Après la guerre, en 1947, le fort devient la demeure du Collège d’état-major de l’Armée canadienne et du Collège de la Défense nationale nouvellement créé.

Fort archEn conclusion, on peut dire que le Fort Frontenac, dans toutes ses configurations différentes, a vu défiler plus de trois cents ans d’histoire militaire canadienne. Des troupes se sont rassemblées dans ses murs pour servir dans toutes les campagnes canadiennes, de la guerre des Iroquois à la Deuxième Guerre mondiale. Depuis 1947, le fort sert maintenant de centre de perfectionnement professionnel des officiers de l’Armée de terre.